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Brexit "La grande illusion "par Michel Barnier

 

En 2016, James  Calderon,  premier ministre britannique annonce un referendum sur le maintien du Royaume uni dans l’Union européenne. Ceci pour se garder les bonnes grâces de l’aile droite du parti conservateur. Sans qu’aucune étude ait été faite sur les conséquences économiques, sociales d’une décision de retrait. Il déclencha un engrenage qui conduisit au Brexit.


Michel Barnier, ancien ministre et commissaire européen, fut chargé de  la lourde tâche de piloter les négociations de retrait. Opération unique en son genre sous la forme d’un divorce à l’amiable : d’un coté les britanniques clamant haut et fort leur conviction qu’il en résulterait un rayonnement mondial retrouvé, la création d’un zone offshore pour pratiquer le  dumping au nez et à la barbe de leurs anciens partenaires, la libération des contraintes de la technocratie bruxelloise et de ses règlements tatillons voués aux gémonies. De l’autre, les vingt six Etats-membres convaincus qu’il résulterait du Brexit : perte d’influence, moindre croissance liée à la sortie de l’économie britannique du marché unique, création d’un précèdent dangereux dont pourrait s’inspirer d’autres Etats-membres. Un point positif pour certains : se débarrasser d’un partenaire qui n’aura eu de cesse d’entraver les projets d’intégration forts (social, fiscalité) et  le fonctionnement de l’Europe. Souvenons nous du fameux « I want my money back » de Margaret Thatcher, clair refus de la solidarité.


Michel Barnier choisit d’écarter la forme éditoriale   de l’analyse politico économique de l’évènement pour retracer  la chronologie des négociations, à partir d’un journal qu’il a écrit jour après jour, le soir à l’issue de ses journées épuisantes. Cela lui permet de faire plonger le lecteur dans l’envers du décor et les arcanes rugueuses de la négociation,  ses allers- retours, ses répétitions, ses tensions au bord de la crise de nerf, ses espoirs déçus,  les changements de responsables politiques signifiant reprise à zero de points jugés acquis. Il présente avec philosophie les Britanniques à la hauteur de leur réputation : adeptes du coup fourré, tenaces, roués, désinvoltes. Placé du bon côté de la plume, Michel Barnier vante le dévouement, la loyauté et la compétence de son équipe. Il nous dit que les rouages de la Commission, du conseil et du parlement européen ont fonctionné sans accroc, lui renouvelant toujours leur confiance. Un livre jumeau a-t-il été écrit sur ce sujet de l’autre côté de Manche ? Si c’est le cas, le contraste doit être saisissant.


 La tactique britannique de semer la division dans le camp communautaire a totalement échoué. L’Union européenne, issue du chaos de la seconde guerre mondiale a toujours été au mieux de sa forme dans les crises. Ceci se vérifie – pour l’instant- avec le conflit ukrainien.

 Quatre ans de travail pour solder plus de 40 ans de vie commune, démêler l’enchevêtrement des réglementations et décisions de normalisation, dénouer l’imbrication des économies,  des politiques communes et des mécanismes de soutien. On en mesure rétrospectivement l’importance et le poids.


Quelques premières conclusions trois ans après l’entrée en vigueur du Brexit : le rêve singapourien de la zone franche sous les fenêtres de Calais semble s’être envolé ; L’espoir britannique de la restauration d’un lien privilégié avec les Etats- unis est resté un vœu pieux ; le commerce avec l’Union s’est alourdi du rétablissement des règles douanières et autres entraves réservées aux pays tiers. La Grande Bretagne s’est affranchie du « joug de Bruxelles » pour retrouver les rets des frontières.  La City de Londres a perdu de son hégémonie au profit des places financières de Paris et Francfort.   Le spectacle navrant du Brexit  a douché les velléités des partis d’extrême droite européens d’emprunter le même chemin (France, Italie).


La chimère du retour à une grandeur passée se paie au prix fort de la solitude.


Narration passionnante d’un épisode unique de l’histoire communautaire. Lecture très recommandée.


"La grande illusion. Journal secret du Brexit. 2016-2020" Gallimard. 540 pages


Edouard




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