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Connaissez vous Pierre Michon, écrivain ?

Né dans la Creuse il y a 80 ans, Pierre Michon est reconnu par plusieurs prix confidentiels, (sauf le Grand prix du roman de l’Académie française) ce qui lui évite de polluer sa plume dans les miasmes des gros tirages. Il fait partie de ces grands méconnus de la littérature qui se cachent dans des grottes troglodytes et se livrent à leur seul dieu, loin du monde, seulement entourés de quelques compagnons de route.

Il passe de longues périodes dans le désert pour se rapprocher de lui-même et faire murir son étrange talent. Ecrivain de laboratoire dirons certains. Peut-être, mais la recherche a aussi droit de cité dans la littérature. Pierre Michon, est un esthète impénitent qui manie la plume comme un burin, crée des mondes d’un autre monde, furtifs, étranges qui apparaissent et disparaissent au fil des pages. Il trouve son salut dans le culte des mots qu’il entrechoque, la syntaxe qu’il malmène. Le sens de la phrase se cache derrière sa beauté, son absolue nouveauté.

L’auteur avance sur un chemin de crête bordé de précipices, entre l’exubérance qu’offre la phrase rêvée et les outrances auxquelles conduit la solitude. Pour les risques qu’il prend, il mérite plus le pardon que d’autres. Mais pas d’inquiétude, il n’est pas toujours au taquet et sait aussi emprunter les chemins ordinaires

J’en ai trop dit. Il faut passer au texte. Tentez votre chance. Détendez vous, mettez vos neurones en sommeil, ne vous braquez pas face à des bizarreries non estampillées par les académiciens et de nouvelles vues s’ouvriront pour vous sur le monde.

Faites une mise en bouche avec « Vies minuscules », puis « Les deux Beune ». (Il vient de sortir aux éditions Verdier ). Enfin « Les Onze ». Des livres courts pour un alcool fort.


Extrait des « Deux Beune » p 142

«…Cette bille en appela une autre à mon esprit, celle dont les enfants jouent. Je me souvins d’une autre temps quand moi-même, à tâtons, m’appliquais à cliquer les pinces des subordonnées sur la chair de la phrase, à enfiler les désinences sur l’hameçon du verbe ; à tailler les silex du sens. On jouait sous le préau de la cour de l’école, sous un ciel gris ; on poussait des billes vers un trou, comme ils le faisaient surement déjà à Cro-Magnon, comme dans toute vie. Il y avait parmi les grandes, dans la classe du certificat d’étude, bien au-dessus de moi, une jeune fille ardente et fière, studieuse, un peu délurée, que nous aimions tous ; elle avait accepté de jouer aux billes avec ceux du cours moyen. Un petit chipoteur lui chercha querelle, sur un pont du jeu ; le ton monta, elle s’emporta et le gifla ; le maître, qui n’était pas loin, lui ordonna d’aller au piquet dans un coin du préau. Elle n’en revenait pas – le maître non plus sans doute – mais elle obéit avec au visage un masque de plaisir honteux. Elle s’y tint. Ainsi à l’école, jouent, s’entre-heurtent et se caressent les billes du pouvoir et du désir. L’euphorie du petit gueux était indécente, autant que la dentelle du jupon, dépassant un peu sous la robe de la belle, qui nous offrait son dos, sur le jarret pâle »

EB


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