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L'EVOLUTION DU MONDE ET L'EGLISE (suite)


Dominique SAINT MACARY s’exprime

J’ai déjà un peu dit ce qu’était pour moi l’Église, à propos de Jean Vanier dont l’anniversaire de la mort hier n’a pas été relevée dans les médias, tant mieux !

Oui, notre société a changé, le monde a changé ! Nous avons tous fait ce que nous pouvions et pensions devoir faire pour donner à nos enfants le goût du christianisme et pourtant, sauf exception, ça ne semble pas marcher… ou du moins, nous n’en voyons rien. Dans le domaine de la religion, mais aussi dans tous les autres, nos enfants mènent des vies et font des choix différents des nôtres. Mais se tourner vers le passé en pensant que c’était mieux avant, je ne crois pas que ce soit la solution ; c’est ce que font nombre de jeunes prêtres dont tu parles, Martine. L’Église a connu bien des crises très graves (les persécutions, l’inquisition, l’esclavage, les guerres de religion…) et elle s’en est sortie… pour aller vers une autre crise. Désigner des responsables de cette crise, ça n’a pas beaucoup plus de sens que de désigner les Chinois comme responsables de la pandémie…

Alors, vers où aller aujourd’hui ? L’Église se doit d’être crédible dans le monde : l’audience de l’encyclique Laudato Si à cet égard montre bien qu’elle est attendue et désirée sur des sujets comme celui-là. Et puis je vous signale un article très intéressant de la revue Études, pas encore en ligne mais sans doute bientôt (c’est le numéro de mai) : Des rapports revitalisés entre raison et foi. L’auteure, Nathalie Sarthou-Lajus, explore la voie inaugurée par Jean-Marc Ferry (pas Luc) qui a écrit Les lumières de la religion. La religion détient non pas un savoir, mais une ouverture, sur des sujets où la raison s’arrête. Un exemple : la notion de « personne », tellement banale aujourd’hui, est née dans l’Église des premiers temps, du fait de sa réflexion sur la Trinité… La raison est nécessaire, mais si on s’en tient à elle seule, on ne comprend pas l’homme. Et si on s’abstient de raisonner pour se mettre à un niveau seulement spirituel, c’est pareil.

Peut-être est-ce très intellectuel, mais nos enfants pensent ! On a même tout fait pour ça ! Ils s’interrogent sur le monde, sur l’économie, sur l’écologie, sur la justice, sur les droits de l’homme… S’ils trouvaient dans le christianisme une ouverture, une pensée libre, ça ne les ramènerait peut-être pas à l’église, mais ils cesseraient de considérer la religion comme une vieillerie sans intérêt.

L’Église doit être crédible, et elle doit être attrayante. Je le disais la dernière fois, l’Église, c’est nous ! Si nous avons l’air heureux d’y être, si on y parle de bonheur, si on y pratique effectivement la fraternité, la bienveillance, l’ouverture, ça peut donner envie. Oui, bien des choses y sont critiquables et doivent être améliorées, mais démolir cette vénérable institution ne donnera jamais à personne l’envie d’y aller. Alors qu’on voit arriver bien des gens (plus de 100 baptêmes chaque année dans le Val d’Oise, plus de 100 « recommençants ») qui nous disent qu’ils veulent entrer, que nous détenons quelque chose de précieux et d’attractif !

Pour terminer, je suis persuadée que Dieu ne nous veut pas « pieux », ils nous veut « humains », mais là, ça ouvre un nouveau champ de réflexion !

Edouard BERLET dit son mot

J’évoquerai simplement deux éléments de contexte :

Le rapport au temps : Créée il y a plus de 2000 ans l’Eglise est sans doute l’institution la plus ancienne dans le monde. Cette extrême longévité pèse sur sa façon d’appréhender les problèmes contemporains et d’adapter sa doctrine en conséquence. En matière de mœurs, sujet particulièrement sensible pour elle, l’évolution des croyances et pratiques (couple, sexualité, procréation etc..) suit un cycle de plusieurs décennies Autrement dit quelques minutes sur l’échelle du temps long qui est celui de l’Eglise. La crédibilité de celle-ci ne peut s’accommoder d’une simple adaptation aux modes. Cet écart de perspective temporelle pousse à l’immobilisme. Il est vrai que la crédibilité de sa doctrine nécessite son maintien sur une période longue car elle touche aux fondamentaux de la vie humaine qui sont relativement stables. Mais pour être comprise et mise en œuvre par les hommes, elle doit aussi intégrer leurs espérances et croyances propres. Celles-ci ont rapidement changé depuis les années 1970 en lien avec l’aspiration à la liberté individuelle et l’ouverture au monde. Cette accélération creuse l’écart entre les échelles de temps. Écartèlement entre le vertige des catacombes et celui de la modernité.

Par ailleurs, de toutes les grandes religions l’Eglise catholique est sans doute la plus centralisée, autour du Pape et de la Curie romaine. Elle est solidement implantée sur tous les continents et doit donc composer avec des histoires, cultures et sensibilités variées. Courants modernistes en Europe occidentale et Amérique du nord, conservatisme en Amérique latine, tendances polymorphes en Afrique. La synthèse entre ces univers s’avère très difficile. En témoigne le synode sur la famille consacré il y a quelques années à la vie affective et familiale avec une consultation mondiale des prêtres, évêques et fidèles. Avec la crainte du schisme qui se profilait au sein de la hiérarchie religieuse plus que de la communauté des fidèles, la montagne a accouché d’une souris. Le risque du schisme est le pendant d’une centralisation excessive.

Ces deux éléments de contexte (temps long, centralisation) sont des facteurs d’immobilisme puissants qui expliquent en partie le déclin de son audience. Ne devraient-ils pas conduire L’Eglise à réduire fortement son ambition normative et prescriptive qui conduit à des impasses collectives et personnelles. Une nouvelle priorité donnée à la lecture et à la réflexion sur les textes sacrés (l’Evangile tout particulièrement) qui sont centrés d’avantage sur les valeurs que sur les normes est une voie d’évolution. L’extension de la liberté de choix, de l’éducation des individus et le foisonnement des sources d’information ne s’accommode plus de messages dogmatiques. Cette évolution sociétale nécessiterait que l’Eglise se consacre prioritairement à l’apprentissage de la réflexion personnelle, l’éclairage sur le sens des textes, la méditation et la prière qui sont des voies majeures vers la Foi.

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