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LE REVE DU CELTE de MARIO VARGAS LLOSA

D’origine péruvienne, prix Nobel de littérature, Vargas Llosa est une des grands écrivains contemporains. On lui doit de nombreux chefs d’œuvre dont « La tante Julia et le scribouillard », « La fête au bouc » etc. qui émergent de son abondante production littéraire.

Roger Casement, fonctionnaire irlandais du foreign office britannique, est nommé consul au Congo. A la suite de tractations entre grandes puissances, celui-ci est attribué au début du XX è siècle à Léopold II roi des belges, à titre de concession personnelle. Il ne s’y rendra jamais. Ce régime de quasi-propriété privée est à l’origine de tous les excès qui vont suivre. Casement, idéaliste au grand cœur, est habité d’une vision civilisatrice de la colonisation qui doit être porteuse de paix, de développement économique et de christianisation des populations. Il déchante vite à la découverte des pratiques généralisées de corruption, cupidité, surexploitation des ressources en caoutchouc. Les populations indigènes sont asservies nuit et jour, battues, torturées, à seule fin de produire toujours plus. Le régime de la concession personnelle a dispensé Leopold II, personnage sans scrupule, de mettre en place au Congo un appareil d’Etat doté d’une police et d’une justice qui auraient pu empêcher ces excès. L’impénétrable forêt congolaise greffée sur une topographie infranchissable a fait le reste et donné le champ libre à l’appât du gain et à la cruauté d’hommes sans foi ni loi. Leur violence est encouragée par celle des indigènes pratiquant l’anthropophagie et le meurtre rituel. Mais qui peut parier à coup sûr que la part de civilisation qui nous habite nous mettrait totalement à l’abri de ces comportements barbares, si nous étions placés dans les mêmes circonstances extrêmes?

Epuisé par 10 années de vie confrontées aux atrocités et à l’injustice, Roger Casement rentre à Londres, remet son rapport à ses autorités qui fait l’effet d’une bombe. De retour en Irlande , son expérience congolaise de la colonisation se télescope avec une aspiration croissante à l’indépendance de son pays. Elle donne naissance à un séparatiste et ouvre la voie à sa destinée. Toutefois, l’accomplissement de celle-ci attendra car le gouvernement britannique envoie Casement, fort de son expérience et de sa notoriété, faire un enquête sur les pratiques condamnables d’une société britannique qui exploite du caoutchouc en Amazonie. Le cycle infernal réapparait : surexploitation des richesses, cupidité, extrême violence pour les mêmes raisons. L’isolement des régions concernées, l’absence de communication et d’appareil d’Etat permettent à la lie de l’humanité de prospérer sans risque.

Casement, qui a laissé sa santé dans les moiteurs tropicales et le spectacle quotidien de l’inhumanité, revient en Europe. Sa mission est accomplie, les coupables paieront. Entre-temps le mouvement séparatiste irlandais s’est développé, à la veille de la première guerre mondiale. Casement reprend contact avec les indépendantistes et déploie son inépuisable idéalisme au service de cette nouvelle cause. Loup solitaire et exalté, il crée une « brigade irlandaise » qui n’existera que sur le papier et tente de convaincre les autorités allemandes de s’allier à lui pour engager une offensive militaire concomitante à son action insurrectionnelle en Irlande. Ainsi l’homme anobli par la reine Victoria voulut passer un accord avec l’ennemi de l’Empire britannique…Sa passion aura eu raison de son entendement. Il s’emmêle dans des combinaisons trop complexes. Les divisions dans le camp irlandais, l’indécision allemande, l’efficacité de l’espionnage britannique feront-elles échouer cet épisode rocambolesque, à haut risque politico-militaire, à la démesure de Roger Casement ? La prison se referme sur lui. Il est condamné à mort pour haute trahison. La grâce espérée arrivera t’elle ?

EB

Editions Gallimard 520p

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